vendredi 23 avril 2010

PIERRE DESCAMPS - LE SACRE DU DESORDRE -

Stupéfiant de la contingence,
l'esthétique arque ses cuisses car voici
l'armée de l'irrationnel
qui envahit le dernier delta.

Leit-motiv du viol :
allongées
insomnieuses
salivées
bleuissantes
belles
vertes
nacrées.

Bric-à-brac de l'éternité,
les mites besogneuses de l'aube
rongeront las chimères
tandis que me tarauderons en vain
les ulcères de mes sophismes.

Ainsi je désarticule les valeurs perpétuelles,
les vermines de la métaphysiques,
les cérébralités par trop décrépitées.
Les grossesses de l'erreur
carient les dents de l'ambition.
Vive la crasse de tous les enchantements.
Car moi j'adore Caligula.
Le bon sens se résoud par zéro.
Il s'agit de tourner l'exarchat du système.

Chaque invention formelle cache une bombe
dans le carburateur du verbe.
Donc à mort les épiciers.
Transportez un obus sous la moindre parole.
Imaginez les vieux imbéciles,
scoliatres, magisters,
bavant sur leurs dictionnaires.
Une seule voyelle : et les luxes en rut
se ruent sur les normes poétiques,
prennent d'assaut les académies,
poignardent l'orthographe
et rouent l'anacoluthe.
Couteaux contre les dents,
la poudre dans les yeux,
je pavoiserai l'esprit
de l'or élémentaire.

                                                           (Extrait de "Terrains Minés" 1959)



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