vendredi 18 février 2011

JACQUES PREVEL

Je dérive vers l'absolu
Il ne me reste qu'à enfreindre l'ordre
De toute justice
Pour me détacher sans consentement
De sa violence qui m'accable
J'ai vécu la confusion
Je suis mort de la confusion
Pour ma défense qu'aurai-je à dire
Mes forces se détruisent et me détruisent dans
       l'égarement
Je suis un criminel
Qui n'a pas compris le geste simulé


Recherche sinistre voyage
Brouillard avec le froid la pluie les larmes et le
      feu tremblant
De nos pas pressés dans la rauque naissance
De nos désirs fusant comme un atoll de lave
Au centre du monde
Nous avions brusquement saisi
L'échelle éternelle
Et nous nous étions penchés sans effroi
Sur nos tombes entr'ouvertes
Mais l'esprit fut vaincu et poigardé
Par la seule entente de nos mains nues


Au débur d"un printemps mort et glacé
Je me souviendrai du démembrement
De la mer et de cet astre où je suis passé
Comme un pirate avec en berne
Le drapeau noir et colorié d'une existence légen-
       daire
Mais tout sera révolu
L'amer vinaigre du sperme
Et du sexe où j'avais bu l'extase
Dans la substance d'une toile et d'un amour
        éblouissant
Sur le roc d'une fournaise
Que je ne souhaite à quiconque ici

( Extrait de "Poèmes" Editions Flammarion 1974 )



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