mercredi 24 juin 2015

Hans Bellmer « Elle avait permis de prendre d'elle des photographies obscènes.

 S.t. 1946

A travers la vue de ces épreuves et la provocation coïncidente d'une trop forte dose de cocaïne, les fesses de la jeune fille tendent à devenir l'image prédominante, qui se confond de plus en plus dans la vision concrète avec l'image de la figure céleste jusqu'à l'identité des plus passagères expressions de cette figure au sourire aveugle des deux immenses yeux qui sont les hémisphères de la croupe s'ouvrant sur l'anus. Le désir s'y porte exclusivement, confondant le masculin, le féminin, le Moi et le Toi, sodomisant le Moi dans le Toi. »

(Hans Bellmer, « Petite anatomie de l'image »)



S.t. 1946. t. a. colorié



Un autre tirage noir et blanc du même négatif original
porte au dos une attestation de M. Jean Brun.
Selon lui en effet, ces photos auraient été réalisées vers 1945/46
à Carcassonne et auraient été développées par un photographe
complaisant d'Albi. Il existe une variante.















 S.t. 1946. t. a. colorié

Cette image dont le négatif a été conservé, est a rapprocher des études réalisées pour « L'histoire de l'œil »,mais d'après Jean Brun qui abrita Bellmer à Revel durant la guerre, ces photos auraient été réalisées à Carcassonne postérieurement à la publication de « L'histoire de l'œil » (K. Éditeur, Paris 1944).














La ctoix Gamahuchée, t.a. colorié, 1946

Sans titre, 1946


samedi 13 juin 2015

Henri Michaux - L'éther (Extrait de « La nuit remue » Gallimard 1935)


L'homme a un besoin méconnu.  Il a besoin de faiblesse. C'est pourquoi la continence, maladie de l'excès de force, lui est spécialement intolérable.
D'une façon ou d'une autre, il lui faut être vaincu.  Chacun a un  Christ qui veille en soi.
Au faîte de lui-même, au sommet de sa forme, l'homme cherche à être culbuté.  N'y tenant plus, il part pour la guerre et la  Mort le soulage enfin.
C'est une illusion de croire qu'un homme disposant d'une grande force sexuelle, lui, au moins, aura le sentiment et le goût de la force.
Hélas, plus vivement encore qu'un autre pressé de se débarrasser de ses forces, comme s'il était en danger d'être asphyxié par elles, il s'entoure de femmes, attendant d'elles la délivrance.
En fait, il ne rêve que de dégringoler dans la faiblesse la plus entière, et de s'y exonérer de ses dernières forces et en quelque sorte de lui-même, tant il éprouve que s'il lui reste de la personnalité, c'est encore de la force dont il doit être soulagé.
Or, s'il est bien probable qu'il rencontre l'amour, il est moins probable que l'ayant expérimenté, il quitte jamais ce palier pour bien longtemps.
Il arrive cependant à l'un ou l'autre de vouloir perdre davantage son
Je, d'aspirer à se dépouiller, à grelotter dans le vide (ou le tout).
En vérité, l'homme s'embarque sur beaucoup de navires, mais c'est là qu'il veut aller.
S'il s'obstine dans la continence, comment se défaire de ses forces et obtenir le calme?
Excédé, il recourt à l'éther.
Symbole et raccourci du départ et de l'annihilation souhaités.
Mais trompeur, comme tout le reste, l'éther donne des paysages.

Henri Michaux - Personnage, aquarelle 1949


Henri Michaux - L'Ether
Lecture par Valérie Capdepont.



La webradio : ICI

Henri Michaux - (1948)

Henri Michaux - Huile sur toile, 1984

Henri Michaux (1899 - 1984) Sans titre vers 1957 -
Gouache, encre et crayon aquarelle sur papier

Henri Michaux, Sans titre

jeudi 4 juin 2015

Georges Henein - L'Ange du Vide plane sur votre Vidange.

Les grandes centrales hydrohistoriques puisent leur énergie à l'écume mentale du vécu non-voulu. A vrai dire, on ne se retourne pour voir qui meurt et qui naît. A force de flatteries, la matière se soulève, se croit première, lauréate en devinettes explosives, et, comme à Lourdes, de décourageants miracles s'opèrent, - une sorte de vague revanche des goitreux tient la scène à la manière dont un long filet de bave tient encore à la lèvre inférieure des ratatinés.
On rêve de jurons perforants et d'oreillers parjures où l'on laisserait sa tête sans regrets. Un récitatif de somnambules décline l'histoire comme Rosa, Rosae, nous décline aussi en passant, décline du même son de trompe, de la même voix suppurante Notre père balistique qui êtes aux cieux et hourra l'oural, décline enfin de bonnes invitations, le billet d'entrée au grabuge ontologique de la bête en gaîté. Là, notre cœur trébuche. Cette bête en gaîté, c'est peut-être une allusion après tout. Plus de santé, disait Goethe, furieux de rater le Second Empire. Le désespoir crée l'orgasme.
C'est maintenant l'âge de l'adulte prodige. L'âge où le style du perdant se perd et où la joie du gagnant prend l'expression hagarde et méfiante de l'homme à la crotte suspendue, Le Spoutnik – fait divers qui abolit le vertige mais non le goût de choir – est décidément d'un piètre secours à l'époux qui se réveille cocu. On passe de main en main. On s'éloigne de soi sans se rapprocher de l'horizon. Gauguin, au bout du monde, peint une « Nativité » qui devient ridicule au fur et à mesure que son fils grandit, doublement représentatif de la laideur tahitienne et de l'inconvénient des voyages. Après la bohême, l'adhésion. Dans le sperme du dandy, s'agite déjà le militant. Il appartient à celui-ci d'organiser l'indifférence, de préparer les sandwiches pour le banquet final de l'indifférence. Pourtant, quelqu'un répugne à tourner les pages pour le pianiste. Quelqu'un mouille les cordes et abandonne à son sort la volonté d'efficience bénéfique. Les mythes séditieux de la nuit n'ont donc pas renoncé à leur œuvre. Quelqu'un devient esprit frappeur. Non point succube, ni médium ; mais crête d'un langage intermittent qui exorcise le manque d'être.
L'esprit frappeur n'hésite pas. D'emblée, il se charge de rendre inintelligible le débat. Mais, parfois, tel un train illuminé courant vers une frontière trouée, il traverse la vie des lecteurs de romans lents, des joueurs de boules, des inventeurs de l'attente, des filles dont la sueur colore des boissons frelatées, et agite leurs faibles mains d'un tremblement possessif.
                               L'esprit frappeur est étoilant et rieur.
                               Avis aux gens aux dents courtes.


Georges Henein