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vendredi 11 août 2023

Georges Bataille - Onze poèmes retirés de "L'Archangélique" lus par Alain Cuny

Georges Bataille

 ma folie et ma peur
 ont de grands yeux morts
 la fixité de la fièvre

 ce qui regarde
 est le néant de l’univers
 mes yeux sont d’aveugles ciels

 dans mon impénétrable nuit
 est l’impossible criant
 tout s’effondre

                  *

 almanach de lessive d’encre
 immortalité de poète velu
 poésie cimetière d’obésité

 adieu blanquettes grivoises
 doux morts costumes en femmes nues

 adieu mensonge sommeils

                             *

prurit infini de fourmis arrestation
tri de papiers moustaches en poussière
wagonnets de fièvre

colonnade de pluie folle
claquements de linceuls souilles
funèbre impudeur des humains os

là une foule amoncelle des boites de peut‐être                          

un gendarme en chemise du haut d’un toit
gesticule une faux le Démon

                            *

je t’égare dans le vent
je te compte chez les morts
une corde nécessaire
entre le vent et le cœur

                           *

Je n’ai rien a faire en ce monde
sinon de brûler
je t’aime a en mourir

ton absence de repos
un vent fou siffle dans ta tête
tu es malade d’avoir ri
tu me fuis pour un vide amer
qui te déchire le cœur

déchire‐moi si tu veux
mes yeux te trouvent dans la nuit
brûlés de fièvre.

                         *

J’ai froid au cœur je tremble
du fond de la douleur je t’appelle
avec un cri inhumain
comme si j’accouchais
tu m’étrangles comme la mort
je sais cela misérablement
je ne te trouve qu’agonissant
tu es belle comme la mort

tous les mots m’étranglent

                          *

étoile perce le ciel
crie comme la mort
étrangle

je ne veux pas la vie
m’étrangler c’est doux
l’étoile qui se lève
est froide comme une morte

                         *

bande‐moi les yeux
j’aime la nuit
mon cœur est noir

pousses‐moi dans la nuit
tout est faux
je souffre
le monde sent la mort

les oiseaux volent les yeux crevés  


tu es sombre comme un ciel noir

                          *

la fête commencera
dans la boue et dans la peur

les étoiles tomberont
quand la mort approchera.

                        *

Tu es l’horreur de la nuit
je t’aime comme on râle
tu es faible comme la mort

je t’aime comme on délire
tu sais que ma tête meurt
tu es l’immensité la peur

tu es belle comme on tue
la cœur démesuré j’étouffe
ton ventre est nu comme la nuit.

                       *

Tu me mènes droit vers la fin
l’agonie a commence
je n’ai plus rien a te dire
je parle de chez les morts
et les morts sont muets.





Georges Bataille, L’Archangélique, Paris, Messages, 1944


Illustrations : Georges Bataille. L'Archangélique. Notes sur Georges Bataille par Patrick Waldberg. Cuivres originaux de Jacques Hérold. 

Version PDF chez Maldoror Press ICI

jeudi 17 juin 2021

Georges Bataille... Je rêvais de toucher la tristesse du monde...

Un des dix cuivres de Jacques Hérold
pour " L'Archangélique" de Georges Bataille,
Paris, Nouveau Cercle Parisien du Livre, 1967


Je rêvais de toucher la tristesse du monde
au bord désenchanté d'un étrange marais
je rêvais d'une eau lourde où je retrouverais
les chemins égarés de ta bouche profonde

j'ai senti dans mes mains un animal immonde
échappé à la nuit d'une affreuse forêt
et je vis que c'était le mal dont tu mourais
que j'appelle en riant la tristesse du monde

une lumière folle un éclat de tonnerre
un rire libérant ta longue nudité
une immense splendeur enfin m'illuminèrent

et je vis ta douleur comme une charité
rayonnant dans la nuit la longue forme claire
et le cri de tombeau de ton infinité.


Georges Bataille

De ‘Poèmes disparates’ Publié dans

“L'archangélique et autres poèmes”, Mercure de France, 1967



© Photo, Jearld Frederick Moldenhauer















« Tout était aussi noir et chargé de terreur sournoise pendant la nuit où Laure et moi avions gravi les pentes de l'Etna […] ; l'arrivée à l'aube, sur la crête du cratère immense et sans fond – nous étions épuisés et, en quelque sorte, exorbités par une solitude trop étrange, trop désastreuse : c'est le moment du déchirement où nous sommes penchés sur la blessure béante, sur la félure de l'astre où nous respirons. »

(Georges Bataille, Le Coupable, notes ‎Œ. C. T. V, PP. 499.)

 


vendredi 22 mai 2015

Jacques Hérold - Malcolm de Chazal (dessin) 1947

Dessin à l'encre de Jacques Hérold en Hommage à Malcolm de Chazal daté du 15 décembre 1947.

Malcolm de Chazal


« L'espace s'appuie sur tout et ne repose sur rien. »

« Le son était, chez les premiers hommes, marié à la vérité sous forme de son et idées correspondants. »

« Développer en l'homme un sixième sens – le sens angélique immédiat- . »

« Quand l'enfant goûte un fruit il se sent goûté par le fruit qu'il goûte... »

« Quand l'enfant regarde une fleur, il voit la fleur le regarder... »