jeudi 7 avril 2011

Shuzo Takiguchi "La création de la terre"

La création de la terre

Le grillon bipolaire chante sur les cheveux crépus
                                                                 d’Aphrodite
Un homme des animaux tous sont devenus calmes
                                                           comme la mer
La métamorphose estivale d’Aphrodite
En un mâle ou en un microbe
Fleur de déchéance
Et je deviens vulnérable comme un adolescent sous la
                                                                                lune
Les conjurés
Tiennent haut les lampes-torches pour éclairer le creux
                                                                        des vagues
A leurs oreilles le rossignol chante à merveille
Et le temps de se demander si ce chant annonçait une
                                                                   brise légère
L’averse s’abattit
Si jamais un vrai miracle se produit dans pareille fleur
                                                                     d’hortensia
Il finira par épuisement total
Vin au poignard
Le froid de la terre adhère à la cravate
L’homme ivre mort devant le teint dorade sublime
Que revêt le soleil retrouve son sourire
A ce moment l’univers légèrement se meut
Dorade dans son dos qu’il ignore
Sursaut d’un navire qui prend son baptême de mer
Il s’embrouille dans l’alphabet
Et médite avec le ciel bleu de son cerveau
Un jeune pigeon dans son vol s’y fourvoie
Les joyaux de son collier ruissellent
Leur frémissement a la fraîcheur d’un voilier
Immobile comme la vague déchaînée ou le cheval au
                                                                             galop
le jugement dernier n’aura pas lieu
Zéro parfois même un zéro de cette taille
Un passe-velours qui oublie le visage du  maître
                                                                 jardinier
Fleur invisible sans miroir concave
Etait-ce cela la fleur de son sein ?
Les flots qu’aucun frein n’arrête se brisent encore et
                                                                           encore
Poitrine superbe  celle d’une femme
Par un mercredi magnifique
Enveloppée d’un châle à l’ancienne
La poitrine d’une femme qui du haut d’une pagode
                                                       s’approcha du sol
Celle qui pareille aux aréquiers dormit jusqu’à midi
                                                                           juste
Une poitrine de reine
Si tu cries que tu voudrais voir une fleur plus explicite
Suffit de l’approcher sans détour comme un prestidi-
                                                                          gitateur
Et l’interjection en hausse
Je la pose sur la table
La grande magie n’a pas besoin d’air
Quand le jasmin envers et contre tout refusait de se
                                                                         montrer
La jeune fille là-bas tout simplement imagina
Un jasmin métallique
Le souffle du dieu Apollon agonisant
Peur et joie mêlées
Se confond à la rose pareille à la viande d’agneau
Aucune vie aucun lait d’une telle fraîcheur
N’appartiennent à la Terre
Les yeux d’Apollon qui rend son dernier soupir comme
                                                                           un saint
Peuvent être peints même avec les couleurs d’un arc-
                                                                    en-ciel brisé
Quand il vint réchauffer ses oreilles d’enfant le dieu
                                                                        Apollon
Devint sourd-muet à l’image du soleil
Diamant ramolli en un instant   voici son tronc tout
                                                                           entier
En toute exactitude voici du pain au raisin
En toute la splendeur effrayante voici exposé l’art des
                                                           jardins du paradis
Le paradis s’enfouit dans le creux d’une noix
Ce qu’aperçut le marin n’était qu’une affiche bigarrée
Il en sourit d’un sourire d’automne si doux
Et c’était l’automne
Pareille à une mouche verte
S’il voit en chaises les humains il doit être malade
L’homme surprit par le chagrin
Le poisson rouge qui avait refusé la mort
Les deux se meuvent côte à côte comme des nuages
Qui ressemble au marbre sans être de marbre
Qui ressemble à l’éponge bien qu’il soit une éponge
Un arbre de grenade parfaitement lui-même
Voici un chagrin aussi vrai qu’une montre de langouste
Urgence d’une ligne d’horizon qui s’enroule comme
                                                                 un coquillage
Pour pénétrer tel un soleil couchant dans la salle
D’opération où flottent une rose un brise-glace et une
                                                                               bière
Avant de se muer en vitre une taupe est couchée sur               
                                                                         le flanc
Une douce pierre tombale se dresse à côté d’une belle
                                         femme au chapeau de soie
Indifférente à son chagrin bruyant
Tout cela n’était qu’une méprise d’un garçon d’hôtel
Regarde par-delà la blouse de ce chirurgien glabre
Un énorme dahlia robuste
Aucune chance
De sortir d’un seul pas du dimanche de Salomon
Aucune chance
De voir un liseron à la lumière du jour s’enfuir de l’es-
                                                          thétique du liseron
Oh yes indeed !
Par la nuit claire des sangliers
Je m’éprends d’une main si triste
Je m’éprends d’un incendie silencieux
Et pourtant ce paysage aussi distingué qu’un cortège
                                                                          Funèbre
Trompe le décorateur d’intérieur
Non pas à cause d’un ange manchot
Mais pour le seul aveu de la femme
Des insectes aussi vieux que le métier bancaire et des
                                                                menus propos
Souvent rêvent de l’océan
Coquillages contemporains et nuages abscons
Un penseur monothéiste interpelle les Espagnols
Par leurs  bracelets en or massif…
La nuit claire toujours se ternit
Comme les fleurs du Japon
La liberté du jade
La pente ne retient pas l’homme la pente telle une
                                                            chute d’eau…
Loin d’ici vécut un prophète rien à voir avec nous
Solitaire comme un pistil
Le ciel des bivalves là demeure le dieu le plus 
                                                                intègre
D’un côté se trouvait une perle
De l’autre une brebis
Pureté d’un mendiant en difficulté
Sur le sable il voit sans cesse dans son rêve des
                                                                gobelets
Un violon d’ambre sa propre cheville un poisson rouge
                                                                   de sa suite…
L’interrogatoire tombe sur ses épaules comme eau
                                                                     distillée
Le soleil engloutit dans la mer
Se retrouve telle une plume au fond de sa poche
Le complot qui donnera forme à ses mains
Est plus évident que mauve sur mauve
Et le mirage de l’infini donc est magnifique
Car c’était le dispositif  le plus simple
A ce moment des papillons innombrables
Voilà ce que cherche le mendiant
Le bronze d’un canard
Le roseau du Lac de la Fraîcheur qui hésite devant
                                        la véritable Vénus de Milo
Le héron cendré qui adroitement échappe à de lon-
                                                               gues douleurs
Aussi bien que le fermier qui a le don de clairvoyance
Sont déjà entrés au musée immémorial
La mer la mer et le sable vus par les interstices d’un
                                                               halo lumineux
Les chevaux rapides de la prison
Transportent une nuit de juin à l’insu de tous
La Création de la Terre fut accomplie en une nuit
Le hérisson dit sa reconnaissance
La main de l’été s’étire comme Morphée
Tel un absurde bouquet de fleurs
Pareille à la mort arrogante au palais du roi
La santé en prend un coup
La nature dans sa splendeur   Voici ton dictionnaire
                                                                     de poche
Tu éprouves sa force comme des fleurs de chrysan-
                                               thèmes bien comptées
Octobre = périscope
Regarde la logique minimale dans le miroir
Accompagnée de quelques souvenirs tropicaux savon-
                                                                                 neux
Sa sagacité d’onyx veiné de rouge
Une erreur de calcul dans la clarté de la lune et un
                                                  lapsus de dynamique
La statistique affectueuse monte la mèche de la lune
La reine enivrée de roses ses déchets paisibles violacés
Est-ce là ton désir très pur ?
Un buste de porcelaine ?
Fantôme d’un gouverneur en toute son innocence
Fantôme où tout a été biffé
Rose à l’apparence d’un elfe
Rose famille de poissons
Rose avec son allure
Rose drôle
Rose insensible
Rose flamme

Une incarnation tel un éclat de tonnerre
L’abstraction de ces hautes mers ne dit rien
Les années d’enfance des fleurs du méridien très loin
                                                  de toute météorologique
Font des rêves d’une entière douceur
L’âge de pierre fut celui des floraisons géantes
La mégalomanie laisse une cicatrice bleu marine et
                                                    plonge dans la mer
Ainsi se terminent les bavardages
Le jeune marié  sent la mer
Un métromane de la capitale
Déjà telle une méduse la boussole se perd dans la
                          contemplation de la Mer intérieure
Avec le calme du pays qui fut le berceau des arts
Ah ! j’oubliai les mots de l’âme
Et à peine eut-il poussé ce cri
Qu’il se lance après un instrument vocal rouge carmin
Tigre naufragé
La passion de la musique s’épanche en piaillements
En face la mer à perte de vue
Et toute l’année sans répit la neige
O Mater Dolorosa !
Voici éclose la déclaration d’intention
Malice suprême et caméléon
Puis la musique valeur mobilière se joue sous les
                                                                     nuages
Le soleil couchant n’est qu’un aphorisme
Un cerveau bleu cobalt n’est qu’une divagation discrète
Il est fatal que les spectres porteurs de la Bonne Nou-
                                         velle aient tant de charme !
Choisir les mots tout ce qu’il y a de plus en vogue
Et parler sans  pour autant oublier le temps qu’il fait
Voici l’universelle morale blanche
C’est une musique où l’observation seule resplendit
La poudre de riz ne donne jamais un teint mar-
                                                    ron     Ce défaut
Ne saurait empêcher
La cithare à sept cordes de traverser les rayons du
                                                                         soleil
Apollon prend son repas
Et une fois disséqué plus rien ne reste dans le paysage
Respect
Une violette tricolore au bel écho arrivée jusque-là de
                                                                la terre ferme
Je n’ai noté que la joie
Par exemple la dinde ou au contraire un échalas de
                                                                        garçon
Le zinc n’a rien à voir dans mon histoire
Semblable à un paysage avec des satyres
Sur l’autre page rien n’est écrit
La joie argent argenté
Voici l’intelligence de Salomon
La pomme du torero qui croît à l’apparition des
                                                                 spectres
Soudain une belle âme trouva de la chaleur en leur
                                                                      présence
A cet instant je découvris une parenté entre l’homme
                                                                      et l’ange
Le roi noir né dans l’écume des mers donne son
                                               accord à l’arc-en-ciel
Que vouloir de plus
J’y reconnus l’ibiscus de jadis
Egarement sans remède du tétraèdre
L’équilibre tel un oracle naît bientôt sur les lèvres de
                                                                       la jeune fille
Leur rouge amarante se confond avec la mer
La jeune fille oublieuse de la pluie court comme le vent
Les jeunes filles prêtent toutes leurs traits à l’unique
Une vérité neuve sans venin
L’Espagne des Esquimaux
D’aventure j’aperçois les raisins encore verts
C’était un tour d’adresse de la nouvelle lune
A cet instant la jeune fille déjà n’est plus là
Le démon de Mammon tient prêtes des pièces d’or
                                                               toutes fraîches
Pour son métier très particulier
En cette saison tranchante
L’atavisme du  lion redevenu fauve
Est tourmenté par l’inspiration
Mon histoire par une nuit de lune s’évapora avec la
                                                                            flûte
Et comme pour l’alcool de riz il n’en reste que la part
                                                            la plus ancienne
Ville couleur châtaigne    ville où se meuvent les pois-
                                                                   sons rouges
Un cheval coudes sur la table s’élance sans bruit
L’homme à jamais impénétrable
Ronds bleus les genoux d’une femme assise
Où que l’on cherche partout les feuilles vertes fendues
Parfois l’homme se perd dans sa contemplation
Voici une arène ronde comme un bébé
Une tête grecque incomestible
Et les voiles de Maria
Ta couleur sang recouverte d’un bleu foncé commercial
Me rappelle les mouvements des anges au firmament
La neige de l’alcool
Se mue en ton collier
Ton histoire
Est brève comme le pouls des étoiles filantes
Ou le paradis des hyménoptères
La première moitié de ta vie et l’ellipse de ce qui reste
                                                                             à vivre
Voici ta trouvaille
Métaux précieux dans l’air contaminés par les mœurs
                                                            d’un dieu nouveau
Et aussitôt une brusque
Campanule si violacée au parfum de refus et forte de
                                                                               sa foi
En cet instant vacant
Se meuvent toutes les poignées avec leur distinction
                                                                      singulière
Soleil bon marché
Mélodie maléfique
Le supplice de ses flexions
Armures somptueuses      à quoi bon déjà
O Roi !
Quels temps
Voici mademoiselle votre fille
Voici Mademoiselle sans un mot
Une épingle qui s’enfuit de notre espace
Cette épingle ressemble à Mademoiselle
Un parfait mois de janvier
O perle !
Que de beaux mots que de belles phrases
L’occasion et le rêve est rêve sur rêve
Le moindre petit sou est toujours un sou
Cet amour avait tout d’un amour
Reproduction par scission c’était un art voué à la
                                                      lampe d’acétylène
Spectrum qui ne lance aucune question
Voici le Roi
Matière inorganique en or pur
Un jeu imperceptible comme une rose souriante
Le gel qui fige les fossettes de Gargantua
Etoile désaxée     voici la jeune fille aux yeux bleus aux
                                                                    cheveux d’or
Etoile de l’hémisphère dans l’aquarium
Etoile des anges aux ailes rougies comme en deuil
Etoile couverte d’une poussière mauve qui ne se dévoi-
                                                                            lera pas
Etoiles étoiles

( Extrait de "Dada et surréalisme au Japon", Arts du Japon, 
Vera Linhartova, Publications Orientalistes de France 1987 )


mardi 5 avril 2011

MAX WALTER SVANBERG – Quel chemin ?


Tu as dit :
Comble mes seins de fruits

Les oiseaux rouges Iliki les cueilleront
ceux qui font leur nid dans la forêt-chevelure des Kata

Un papillonnement de blanches prières passera sur mon ventre qui reflète le ciel
et d'étranges mots saigneront parmi les fruits des Chasseurs de Plaisir.

Joue sur les dix cordes roses de mon clitoris que couronne des têtes d'anges aveugles
excite mon frêle clavier de tes doigts de lavande et d'ortie

Enfouie dans ma poitrine le fruit jamais cueilli par les oiseaux Iliki
ceux qui font leur nid dans la forêt- chevelure de Kata.

J'ai dit :
quelle feuille de l'arbre dois-je caresser
quelle branche conduira la métamorphose jusqu'au miel dans l'arbre
quel chemin conduit à la forêt-chevelure de Kata.

Tu m'as dit :
le bec pointu de leurs seins à nu les femmes pisanes font paître le toupeau des chiens enragés
dans la trappe moussue du jour elles s'accroupissent

Quel chemin :
comme un chien enragé à l'aube
je suis à la trace les pieds légers des femmes
ils blanchissent
je flaire les fruits que les oiseaux Iliki ont cueillis
et les mâles nourrissent leurs favorites dans la forêt-chevelure de Kata.

( Traduit du suédois par A. et J-C. Lambert )

Né en 1912 à Malmö (Suède), poète et peintre,
M.-W. Svanberg a fondé en 1946 le groupe des
« imaginistes ». Atteint de la poliomyélite àl 'âge
de 22 ans, il a consacré sa vie entière à une Défense,
Illustration et Illumination de la Femme. C'est
Jean-Clarence Lambert qui le révéla à André Breton
( cf n°3 de la revue « Médium » entièrement illustré
par Svanberg ).




samedi 2 avril 2011

Michel Chion "Requiem"

Michel Chion, né le 16 janvier 1947[1] à Creil (Oise), est un compositeur de musique concrète, réalisateur, enseignant de cinéma et critique. Il a été membre du Groupe de recherches musicales (GRM) de 1971 à 1976. Il a réalisé des films et des vidéos et publié 16 ouvrages sur le son, la musique, le cinéma (dont des monographies sur Andreï Tarkovski, David Lynch, Jacques Tati ou Stanley Kubrick, entre autres).

Après des études littéraires et musicales, il entre en 1970 au Service de la recherche de l'ORTF, où il est successivement assistant de Pierre Schaeffer au Conservatoire national de musique de Paris, réalisateur-producteur des émissions du GRM, et responsable des publications de l'Ina-GRM, dont il fait partie de 1971 à 1976. C'est là qu'il rencontre Robert Cahen, compositeur et vidéaste, avec lequel le lieront désormais des rapports d'amitié et de collaboration.

Parallèlement, il compose dans les studios du GRM des « musiques concrètes », dont le Requiem (Grand prix du disque 1978) et plusieurs mélodrames concrets, forme dramatique qu'il inaugure en 1972 avec Le prisonnier du son et continue avec La Tentation de saint Antoine, 1984, en passant par Tu, 1977-85, et Nuit noire, 1985. On citera aussi La roue, cycle du quotidien, 1972-85, 24 préludes à la vie, Variations et Sonate, 1989-91, Crayonnés ferroviaires, 1992, Credo Mambo, 1992, - réalisée dans les studios de Musiques & Recherches (Ohain, Belgique) -, Gloria, 1994 — œuvres pour lesquelles il développe des techniques de réalisation originales. On lui doit aussi des musiques et conceptions sonores pour des films et vidéos.

Il ouvre comme théoricien un domaine neuf: l'étude systématique des rapports audio-visuels, qu'il enseigne dans plusieurs centres (notamment à l'Université de Paris III, où il est Professeur associé) et écoles de cinéma (La Fémis, l'ESEC, DAVI), et développe dans un ensemble de cinq ouvrages. Parmi une vingtaine de titres traduits dans une dizaine de langues, il a écrit aussi sur Pierre Henry, François Bayle, Charlie Chaplin, Jacques Tati, David Lynch, Andreï Tarkovski divers sujets de musique et de cinéma, publié dans des revues françaises et internationales et contribué à de nombreux dictionnaires et encyclopédies. Parallèlement, il a abordé la réalisation avec notamment le court-métrage Éponine (Prix Jean-Vigo, Premiers prix à Clermont-Ferrand, et à Montréal). En 1995, il entreprend une Messe de terre audio-vidéo au CICV Pierre Schaeffer de Montbéliard (France).

Après avoir consacré un Guide des objets sonores aux idées de Schaeffer, il fonde dans Le promeneur écoutant, essais d'acoulogie, (Plume éditeur, 1993), complété par Musiques, médias, technologies (Flammarion), une théorie du son s'appuyant sur le langage. Il publie en 1991, grâce à Jérôme Noetinger, L'art des sons fixés, où est notamment proposé, pour désigner cette musique, le retour à l'appellation de « musique concrète » dans son sens initial non-causaliste. Sa redéfinition insiste sur les effets propres à la « fixation » du son, terme qu'il initie à la place de celui d'enregistrement.

A propos de l'oeuvre musicale de Michel Chion, voir La musique concrète de Michel Chion ; essai de Lionel Marchetti, 320 pages (Préface de François Bayle, suivi dune discussion avec Michel Chion, par Christian Zanési, ) ; éditions Metamkine 1998



vendredi 1 avril 2011

Thoughts by Hermann Hesse

















Trees" is from Hesse's book Wandering (1920) 

         For me, trees have always been the most penetrating preachers. I revere them when they live in tribes and families, in forests and groves. And even more I revere them when they stand alone. They are like lonely persons. Not like hermits who have stolen away out of some weakness, but like great, solitary men, like Beethoven and Nietzsche. In their highest boughs the world rustles, their roots rest in infinity; but they do not lose themselves there, they struggle with all the force of their lives for one thing only: to fulfill themselves according to their own laws, to build up their own form, to represent themselves. Nothing is holier, nothing is more exemplary than a beautiful, strong tree. When a tree is cut down and reveals its naked death-wound to the sun, one can read its whole history in the luminous, inscribed disk of its trunk: in the rings of its years, its scars, all the struggle, all the suffering, all the sickness, all the happiness and prosperity stand truly written, the narrow years and the luxurious years, the attacks withstood, the storms endured. And every young farmboy knows that the haredest and nobleest wood has the narrowest rings, that high on the mountains and in continuing danger the most indestructible, the strongest, the ideal trees grow.

            Trees are sanctuaries. Whoever knows how to speak to them, whoever knows how to listen to them, can learn the truth. They do not preach learning and precepts, they preach, undeterred by particulars, the ancient law of life.

            A tree says: A kernel is hidden in me, a spark, a thought, I am life from eternal life. The attempt and the risk that the eternal mother took with me is unique, unique the form and veins of my skin, unique the smallest play of leaves in my branches and the smallest scar on my bark. I was made to form and reveal the eternal in my smallest special detail.

            A tree says: My strength is trust. I know nothing about my fathers, I know nothing about the thousand children that every year spring out of me. I live out the secret of my seed to the very end, and I care for nothing else. I trust that God is in me. I trust that my labor is holy. Out of this trust I live.

            When we are stricken and cannot bear our lives any longer, then a tree has something to say to us: Be still! Be still! Look at me! Life is not easy, life is not difficult. Those are childish thoughts. Let God speak within you, and your thoughts will grow silent. You are anxious because your path leads away from mother and home. But every step and every day lead you back again to the mother. Home is neither here nor there. Home is within you, or home is nowhere at all.

            A longing to wander tears my heart when I hear trees rustling in the wind at evening. If one listens to them silently for a long time, this longing reveals its kernel, its meaning. It is not so much a matter of escaping from one's suffering, though it may seem to be so. It is a longing for home, for a memory of the mother, for new metaphors for life. It leads home. Every path leads homeward, every step is birth, every step is death, every grave is mother.

            So the tree rustles in the evening, when we stand uneasy before our own childish thoughts. Trees have long thoughts, long-breathing and restful, just as they have longer lives than ours. They are wiser than we are, as long as we do not listen to them. But when we have learned how to listen to trees, then the brevity and the quickness and the childlike hastiness of our thoughts achieve an incomparable joy. Whoever has learned how to listen to trees no longer wants to be a tree. He wants to be nothing except what he is. That is home. That is happiness.