vendredi 23 août 2019

Georges Bataille - Histoire naturelle

 Edouard Manet, Le torero mort (1864-1865


« […] il est nécessaire à la vie commune de se tenir à hauteur de mort. Le lot d'un grand nombre de vies privées est la petitesse. Mais la communauté ne peut durer qu'au niveau d'intensité de la mort ; elle se décompose dès qu'elle manque à la grandeur particulière au danger. »

La Limite de l'utile, Œ.C., t. VII, p.246.

 Femme assise, néolithique myen, culture Hamangia,
Cernavoda, Roumanie







« L'homme, eût-il perdu le monde en quittant l'animalité, n'en est pas moins devenu cette conscience de l'avoir perdu, que nous sommes […] »

La Part maudite, Œ.C., t. VII, p. 127.











Chapiteau de l'église Saint-Pierre de Chauvigny

«  Je n'en parlerai pas à tout instant, mais ne pourrai la perdre de vue ; la fin même de mes énoncés reviendra à ce point de départ ; cette situation est donnée lorsqu'un animal en mange un autre.
[…]
« Il n'est rien dans la vie animale qui introduise le rapport du maître à celui qu'il commande, rien qui puisse établir d'un côté l'autonomie et de l'autre la dépendance. Les animaux, puisqu'ils se mangent les uns les autres, sont de force inégale, mais il n'y a jamais entre eux que cette différence quantitative. Le lion n'est pas le roi des animaux : il n'est dans le mouvement des eaux qu'une vague plus haute renversant les autres plus faibles. »

Théorie de la religion, Œ.C., t. VII, pp.291-292.

André Masson, Femmes damnées, vers 1922



« Sans doute l'homme archaïque ne participait pas continuellement à la violence contagieuse de l'intimité, mais s'il en était éloigné, toujours les rites gardaient à l'échéance voulue la puissance de l'y reconduire. »

Théorie de la religion, Œ.C., t. VII, p. 327.







 Indiens Munduruku.
Téte trophée momifiée (Brésil






« Ces matières où grouillent les œufs, les germes et les vers ne nous serrent pas seulement, mais nous lèvent le cœur. La mort n'est pas réduite à l'amer anéantissement de l'être – de tout ce que je suis qui attend d'être encore […] : c'est aussi ce naufrage dans le nauséeux. Je retrouverai l'abjecte nature et la purulence de la vie anonyme, infinie, qui s'étende comme la nuit, qu'est la mort. Un jour ce monde vivant pullulera dans une bouche morte. »


Histoire de l'érotisme, Œ.C., t. VIII, p. 70.


Coupe (intérieur  après restauration),
Sacrifice d'un porc  . (Vers 510 - 500 av J.C.)
Peintre d'Epidromos (début 5e siècle av J.-C.).
Paris, musée du Louvre




« Si effroyable qu'elle soit, la misère humaine n'a jamais eu une emprise suffisante sur les sociétés pour que le souci de la conservation, qui donne à la production l'apparence d'une fin, l'emporte sur celui de la dépense improductive. »

La notion de dépense, Œ.C., t. 1, p. 308.






 Theodor de Bry  (1528–1598) -
Sacrifices humains par les Aztèques






« En général, le sacrifice humain est le moment aigu d'un débat opposant à l'ordre réel et à la durée du mouvement d'une violence sans mesure. C'est la contestation la plus radicale du primat de l'utilité […] Celui qui déchaîne ses forces de destruction au-dehors ne peut être avare de ses ressources. S'il réduit l'ennemi en esclavage, il lui faut, d'une façon spectaculaire, faire de cette nouvelle richesse un usage glorieux. Il lui faut détruire en partie ces choses qui le servent, car il n'est rien d'utile près de lui qui ne doive répondre, d'abord, à l'exigence de consumation de l'ordre mythique. »


Théorie de la religion, Œ.C., t. VII p. 317.


"Blocks II à V à Auschwitz II-Birkenau" , David Olère, 1945


« Il est généralement dans le fait d'être homme un élément lourd, écœurant, qu'il est nécessaire de surmonter. Mais ce poids et cette répugnance n'ont jamais été aussi lourds que depuis Auschwitz […] comme les Pyramides ou l'Acropole, Auschwitz est le fait, est le signe de l'homme. L'image de l'homme est inséparable, désormais, d'une chambre à gaz. »


Compte rendu de « Réflexions sur la question juive ».de Jean-Paul Sartre, Œ.C., t. XI, P. 226.






Francisco  de Goya (1746 -1828),
El agarrotado


« Les bourreaux sont nos semblables. Il nous faut encore nous interroger ; n'y a-t-il rien dans notre nature qui rende tant d'horreur impossible ? Et nous devons bien nous répondre : en effet, rien. Mille obstacles en nous s'y opposent... Ce n'est pas impossible néanmoins. Notre possibilité n'est donc pas la seule douleur, elle s'étend à la rage de torturer. »


« Réflexions sur la victime et le bourreau » Œ.C., t. XI, p.266.








 Famille esclave à Bourbon, gravure de Moreau le Jeune, 1772


« Nul ne peut faire une chose de l'autre lui-même qu'est l'esclave sans s'éloigner en même temps de ce qu'il est lui-même intimement, sans se donner lui-même les limites de la chose .
[…] L'esclavage introduit dans le monde l'absence de lumière qu'est la position séparée de chaque chose, réduite à l'usage qu'elle a. »


La Part maudite, Œ.C., t. VII, pp. 61-62.







Saint Georges Hare, La victoire de la Foi, 1891

« Nous touchons la grande maladie chronique de notre temps, l'impuissance à dépasser la différence raciale. »


« La question coloniale », Œ.C., t . XI., p.462.




Auguste Rodin, La porte de l'enfer, 
1880–1917 (détail)






« Le monde des amants n'est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe même la totalité de l'existence, ce que la politique ne peut pas faire. »


L'Érotisme, Œ.C., t. X.













 Francisco de Goya - Les désatres de la guerre, 1810-1820

« […] c'est assez exactement l'impossible que ses dessins tentent de représenter : les déchéances de la misère, de l'infirmité et de la vieillesse, la folie, la stupidité, la tuerie, les terribles figures de rêve, et, comme une obsession dominante, la vie traquée dans les supplices de l'Inquisition. »


« Goya », Œ.C., t. XI, p. 310.




 Georg Wilhelm Friedrich Hegel
by Julius Ludwig Sebbers






« Il semble toutefois que Hegel ne manqua de fierté (ne fut domestique) qu'en apparence. Il eut sans doute un ton de bénisseur irritant, mais sur un portrait de lui âgé, j'imagine lire l'épuisement, l'horreur d'être au fond des choses – d'être Dieu. »


L'Expérience intérieure, Œ.C.,t. V, p. 128.














 Friedrich Nietzsche (1844-1900),
tableau par Edvard Munch, 1906



« Je suis le seul à me donner, non comme un glossateur de Nietzsche, mais comme étant le même que lui. »


La Souveraineté, Œ.C., t. VIII, p. 401.









Emil Nolde, Crucifixion, 1912




« La théologie maintient le principe d'un monde achevé, de tout temps, en tous lieux, et jusque dans la nuit du Golgotha. Il suffit que Dieu soit. Il faut tuer Dieu pour apercevoir le monde dans l'infirmité de l'inachèvement. »


Le Coupable, Œ.c.,t. V, p . 262.











La vache rouge, grotte de Lascaux

« Ces traces que ces hommes ont laissées de leur humanité lointaine, qui nous parviennent après des dizaines de milliers d'années, se bornent, ou peu s'en faut, à des représentations d'animaux. Ces hommes ont rendu sensible pour nous, le fait qu'ils étaient devenus des hommes que les limites de l'animalité ne bornaient plus, mais ils l'ont rendu sensible en nous laissant l'image de l'animalité même dont ils s'évadaient. »

« Le Passage de l'animal à l'homme et la naissance de l'art », Œ.C.,t. XII, p.262.



 Félicien Rops, Le Bouge à matelots, 1875




« […] la prostitution, le vocabulaire ordurier et tous les liens de l'érotisme et de l'infamie contribuent à faire du monde de la volupté un monde de déchéance et de ruine. Nous n'avons de bonheur véritable qu'à dépenser vainement, comme si une plaie s'ouvrait en nous : nous voulons toujours être sûrs de l'inutilité, parfois du caractère ruineux de notre dépense […] Nous voulons un monde renversé, nous voulons le monde à l'envers. La vérité de l'érotisme est trahison. »


L'Érotisme, Œ;C., t. X, p. 170.












Vladimir Vélickivic, Homme fig. I, 1975-1977

« À l'unité césarienne que fonde un chef, s'oppose la communauté sans chef liée par l'image obsédante d'une tragédie. La vie exige des hommes assemblés, et les hommes ne sont assemblés que par un chef ou par une tragédie. Chercher la communauté humaine sans tête est chercher la tragédie : la mise à mort du chef elle-même est tragédie ; elle demeure exigence de tragédie. Une vérité qui changera l'aspect des choses humaines commence ici : l'élément émotionnel qui donne une valeur obsédante à l'existence commune est la mort. »


« Chronique nietzschéenne », Œ.C., t. I, p. 489.



 Grotte des Demoiselles (Hérault)






« […] la tendance a prévalu d'identifier haut à sacré, bas à profane, et il en est résulté un tableau inintelligible. »


« La Polarité humaine », Œ.C., t. II, p. 167.











Aimé Morot, La Tentation de Saint Antoine Salon de 1881

« Il y a une malédiction dans l'érotisme, mais il est vrai que, selon l'apparence, la religion se meurt, c'est dans la mesure où elle rejette ce qui l'a créée, ou maladivement, elle vomit la malédiction. »


« Plans pour la somme athéologique », Œ.C., t. VI, p. 374.




(Inspiré par et extrait de « Georges Bataille, une liberté souveraine. Textes, Entretiens, Témoignages, Hommages, Documents. Édition établie et présentée par Michel Surya.
Ville d'Orléans / Fourbis, 1997. )








lundi 22 juillet 2019

Antonin Artaud - La respiration qui retourne à Dieu

Georges Pastier - Antonin Artaud, 1947 


La respiration qui retourne à Dieu,
la face supérieure de la bonté céleste que le mal a contaminée,
sorti du limon bas, le vol des grues célestes rentre dans ce giron de Dieu,
le système des pleurs qui s'ouvre entre les astres traverse les veines et l'irrigation pulmonaire de Dieu.
Le tourbillon rayé du bien que contaminé.
Comme un vol de cloches ou d'oiseaux le tourbillon translucide des neiges commence à irriguer l'étendue, et je suis celui qui ne reviendra plus, dit dans un cri de glace chaque flocon qui rentre dans sa veine, filon durcifié d'âmes et de pleurs,
la pluie d'âmes commence à irriguer l'étendue,
sortie du giron doux de Dieu,
voici que la pluie d'anges,
avec la tournure mouvante d'un esprit ébloui et qui cherche le grand chemin,
semblable d'un côté à un ange et de l'autre avec la face de Satan,
la cohorte éparpillée des âmes tombe en pluie, et fait renaître l'étendue qu'elle crible et qu'elle situe dans la masse dansante des atomes un par un reconnus et dénombrés jusqu'à l'infini.
La couleur bleue d'une terre invisible aux dimensions inaccoutumées s'étend en nappes de glace, comme une pluie de miroirs crucifiés,
à la minute même où le sentiment naît, la coulée du limon supérieur s'installe dans les veines de Dieu par appétit et par désir,
il s'amplifie et s'installe avec un bruit harmonieusement comprimé,
et d'un seul mouvement voici que le système, gelé, montre ses arcanes semblables aux arcades d'un pont qui relierait deux immensités.

Extraitde Antonin Artaud “Vie et mort de Satan le feu" suivis de "Textes mexicains pour un nouveau mythe”, Éditions Arcanes, Paris 1953

Voir aussi...


mardi 16 avril 2019

V/A - Mantidianos (CIOR​-​307) (Free Download)

Model Mist Spectra - Design Sábila Orbe
Available for FREE DOWNLOAD in:
archive.org/details/v-a-mantidianos-album
(also for download tracks individually)


V/A Compilation inspired on the Mantidian Alien Race.

Humanfobia - Mantidianos track appears originally in "Acudrux (EP)"
humanfobia-official.bandcamp.com/album/acudrux-ep-2019
archive.org/details/humanfobia-acudrux-ep

- Vocals, Model on the Cover: Mist Spectra
(part of Humanfobia Project)
- Compiled, cover artwork design, Mantidianos lyrics: Sábila Orbe.

Letras :

Los Mantidianos han venido por mi
Me han llevado en su nave de plasma
son insectoides abductores
me llevan a
ACO 117, ACO 117, ACO 117

Las mantis blancas succionaran mi energia
sus mandibulas y tenazas rasgan mi cuerpo
me desvanezco en esta nueva galaxia

Hemos llegado a ACO 117, ACO 117

                                                                                                 
                           *****

Zaz Zetoun Mind figure sur cette compilation avec un remix.
Many Thanx to Mist Spectra - Humanfobia - Cian Orbe

Paru le 12 avril 2019



mercredi 6 mars 2019

Antonin Artaud - La question se pose de...

Antonin Artaud, photographie de Denise Colomb 1947

Ce qui est grave
est que nous savons
qu’après l’ordre
de ce monde
il y en a un autre.


Quel est-il?


Nous ne le savons pas.


Le nombre et l’ordre des suppositions possibles
dans ce domaine
est justement
l’infini!


Et qu’est-ce que l’infini?


Au juste nous ne le savons pas!


C’est un mot
dont nous nous servons
pour indiquer
l’ouverture
de notre conscience
vers la possibilité
démesurée,
inlassable et démesurée.


Et qu’est-ce au juste que la conscience?


Au juste nous ne le savons pas.


C’est le néant.


Un néant
dont nous nous servons
pour indiquer
quand nous ne savons pas quelque chose
de quel côté
nous ne le savons
et nous disons
alors
conscience,
du côté de la conscience,
mais il y a cent mille autres côtés.


Et alors?


Il semble que la conscience
soit en nous
liée
au désir sexuel
et à la faim;


mais elle pourrait
très bien
ne pas leur être
liée.


On dit,
on peut dire,
il y en a qui disent
que la conscience
est un appétit,
l’appétit de vivre;


et immédiatement
à côté de l’appétit de vivre,
c’est l’appétit de la nourriture
qui vient immédiatement à l’esprit;


comme s’il n’y avait pas des gens qui mangent
sans aucune espèce d’appétit;
et qui ont faim.


Car cela aussi
existe
d’avoir faim
sans appétit;


et alors?


Alors
l’espace de la possibilité
me fut un jour donné
comme un grand pet
que je ferai;
mais ni l’espace,
ni la possibilité,
je ne savais au juste ce que c’était,


et je n’éprouvais pas le besoin d’y penser,

c’étaient des mots
inventés pour définir des choses
qui existaient
ou n’existaient pas
en face de
l’urgence pressante
d’un besoin:
celui de supprimer l’idée,
l’idée et son mythe,
et de faire régner à la place
la manifestation tonnante
de cette explosive nécessité:
dilater le corps de ma nuit interne,


du néant interne
de mon moi


qui est nuit,
néant,
irréflexion,


mais qui est une explosive affirmation
qu’il y a
quelque chose
à quoi faire place:
mon corps.


Et vraiment
le réduire à ce gaz puant,
mon corps?
Dire que j’ai un corps
parce que j’ai un gaz puant
qui se forme
au dedans de moi?


Je ne sais pas
Mais
je sais que


l’espace,
le temps,
la dimension,
le devenir,
le futur,
l’avenir,
l’être,
le non-être,
le moi,
le pas moi,


ne sont rien pour moi;


mais il y a une chose
qui est quelque chose,
une seule chose
qui soit quelque chose,
et que je sens
à ce que ça veut
SORTIR:
la présence
de ma douleur
de corps,


la présence
menaçante,
jamais lassante
de mon
corps;


si fort qu’on me presse de questions
et que je nie toutes les questions,
il y a un point
où je me vois contraint
de dire non,


NON


alors
à la négation;


et ce point
c’est quand on me presse,


quand on me pressure
et qu’on me trait
jusqu’au départ
en moi
de la nourriture,
de ma nourriture
et de son lait,
et qu’est-ce qui reste?


Que je suis suffoqué;
et je ne sais pas si c’est une action
mais en me pressant ainsi de questions
jusqu’à l’absence
et au néant
de la question
on m’a pressé
jusqu’à la suffocation
en moi
de l’idée de corps
et d’être un corps,


et c’est alors que j’ai senti l’obscène


et que j’ai pété
de déraison
et d’excès
et de la révolte
de ma suffocation.


C’est qu’on me pressait
jusqu’à mon corps
et jusqu’au corps

et c’est alors
que j’ai tout fait éclater
parce qu’à mon corps
on ne touche jamais.




Paule Thévenin - “La question se pose de…” ( Extrait de Antonin Artaud “Pour en finir avec le jugement de Dieu”, 1947).

Écoute en  intégralité de la création radiophonique d'Antonin Artaud

 « Pour en finir avec le jugement de dieu »  ICI

 

Intégralité du texte en PDF ICI

jeudi 7 février 2019

Antonin Artaud- “Centre mère et patron minet”

Antonin Artaud, photographie de Denise Colomb
Je parle le totem muré
car le totem mural est tel que les formations vis-
   queuses de l'être ne peuvent plus l'enfourcher de
   près.

C'est sexe carne ce totem refoulé,
c'est une viande de répulsion abstruse
ce squelette qu'on ne peut mâtiner, ni de mère, ni
   de père inné,


n'étant pas la viande minette
qu'on copule à patron-minet.

Or la panse n'était pas affrétée quand totem entra
   dans l'histoire
pour en décourager l'entrée
et il fallut ventre à ventre cogner
chaque mère qui voulait pénétrer
chatte-mite en patron-minet
dans l'exsangue tube insurgé
comme au centre de la panacée ,

chatte-mite et patron-minet sont les 2 vocables
   salauds (putiers)
que père et mère ont inventés pour jouir de lui
   au plus gros près.

Qui ça, lui ?
Totem masturbé
                  étranglé
comme un membre dans une poche
que la vie froche de si près,
qu'à la fin le totem muré
crèvera le ventre de naître

                    elanspkir
                    gelanski
                    zarouli
                    e le roula
                    e la roula
                    e la gastanski

à travers la piscine enflée
du sexe de la mère ouverte
par la clef patron-minet.


( Extrait de Antonin Artaud ,Œuvres Complètes, Éditions Gallimard, vol. XII,
« Artaud le Mômo », « Ci-gît » précédé de « La culture indienne »,
p. 148, « Dossier d'Artaud le Mômo » )




“Centre mère et patron minet” - Paule Thévenin ( Extrait de Antonin Artaud “Artaud le Momo”, 1947

“La Véritable Histoire d'Artaud le Mômo”

Réalisateur(s):

Gérard Mordillat

Jérôme Prieur

mercredi 16 janvier 2019

V/A - Yūrei (The Remixes) (CIOR​-​281) (Free Download)

Model cover Mist Spectra - Cover artwork glitch edition by:
Sawitree Rueangngiw aka Indieb Indiebb
www.instagram.com/indiebindiebb/
Available for FREE DOWNLOAD :
Bancamp
Internet Archive

This is a various artists compilation. featuring the same track called: "Yūrei" originally in Humanfobia project 2019 EP of the same name.
link: archive.org/details/humanfobia-yurei-ep-2019
Each track composed by each artist.
vocals/ model in the cover: Mist Spectra.
cover artwork glitch edition by:

           
  Lyrics : (Japanese)

 Watashi wa yūreidesu
Watashi wa eien ni soradesu
Zonbi murasu
ooh Miru koto ga dekimasen


***

(English)

I am a Ghost
I am empty forever
Zombi Vapor
Oh I can't see


Paru le 12 janvier 2019


 

Zaz Zetoun Mind est présent sur la compilation  avec un remix.
Many Thanx to Mist Spectra - Humanfobia - Cian Orbe

dimanche 23 décembre 2018

Antonin Artaud - Jardin noir (deux versions)

Antonin Artaud, circa 1920

Roulez fleuves du ciel dans nos pétales noirs.
Les ombres ont comblé la terre qui nous porte.
Ouvrez nos routes au charroi de vos étoiles.
Éclairez-nous, escortez–nous de vos cohortes,
Argentines légions, dans la route mortelle
Que nous entreprenons au centre de la nuit.
Ainsi le jardin parle au bord de la marée.
Et le métal figé de vos saintes colonnes
Ô tiges a vibré. Voici la nuit qui donne
L’universelle clef de ses portes de corne
Aux émanations des âmes délivrées.


“Jardin noir” (Publié dans « Images de Paris »
IIIe année, n°34, septembre-octobre 1922)




Antonin Artaud au Chanet en Suisse. Circa 1919
 
Or elles ont éclos des terres de la mort
Ces fleurs qu'un long effort de songes a versées
Avec la cendre de l'immatérielle fumée
D'un parterre d'iris nocturnes effeuillés
Un après un comme les heures des ténèbres
En des raz de terrible et suprême saison
Aux eaux noires. Les lents diamants de l'heure
Lumineux ont resplendi, étrange
Illumination du soleil chaviré.
Les lis ont dissipé l'accumulation sombre
Du beau jardin sur qui déferle la marée
Et le métal figé de vos saintes colonnes
Ô tiges a vibré. Voici la nuit qui donne
L'universelle clef de ses portes de corne
Aux émanations des âmes délivrées.

"Jardin noir ", (Troisième version, octobre 1915)



vendredi 9 novembre 2018

Pierre Molinier, L'art magique



André Breton, Pierre Molinier et l'art magique
Pierre Molinier - Collage original définitif
de L'étoile de six, planche 43 du "Chaman
et ses créatures".

D'une fusion de joyaux entre lesquels domine l'opale noire, le génie de Molinier est de faire surgir la femme non plus foudroyée mais foudroyante, de la camper en superbe bête de proie. La vertu de son art, qui se veut délibérément magique, aussi dédaigneux que possible des puérils artifices du trompe-l'œil (quand bien même ceux-ci seraient mis au service de l'imagination), est d'enfreindre la loi qui veut que toute image peinte, si évocatrice soit-elle, demeure malgré tout objet d'illusion consciente, n'accède pas au plan de l'intervention active dans la vie. Les contes ont eu beau véhiculer vers nous le vieux rêve oppressant du personnage descendant de son cadre, ce n'est pas la peinture, par ses moyens propres, qui jusqu'ici nous avait acculés à cette perspective menaçante. Je ne crains pas de dire qu'avec Molinier, pour la première fois, il en va autrement. Une échelle de soie a pu enfin être jetée du monde des songes à l'autre, dont se trouve ainsi démontré qu'elle ne pouvait être que celle de la tentation charnelle. Cette tentation insinuante en diable, dans les yeux des merveilleuses créatures qui s'offrent ici sans vergogne, fait ciller et vaciller tour à tour, les conjuguant, ceux que nous ne pouvions que prêter à la Mathilde du Moine, à l'Alberte du Rideau cramoisi, à la Solange des Détraqués, à Madame Edwarda, à O, à la Lucie « petite folle des bois du Jules César de Joyce Mansour.

Tout ce que Pierre Molinier a peint en dehors d'elles participe, avec la digitale, la belladone et la stramoine, de leur sillage de rosée. Ses fleurs, fussent-elles des pivoines répandues, exhalent encore le parfum de leurs cuisses, d'autant plus ravissantes que damnantes d'hybridité.     

   
 
Pierre Molinier, Oh! Marie… Mère de Dieu, 1965.























Pierre Molinier - Le bonheur fou, 1968-71.

Pierre Molinier, L'art magique


Parler de L'Art magique ici, et d'une manière trop explicite, serait entamer une trop longue discussion sur l'univers, c'est à dire sur la « cause ».
L'art magique : effet qui, par métamorphose, devient cause.
L'artiste magicien traduit le message, maillon d'une chaîne sans commencement ni fin, cercle infernal, dans lequel l'être humain se meut, tel un prisonnier.
D'où l'interrogation : d'où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ?
Résoudre ce problème, passer les limites de l'infranchissable, plonger dans le Cosmos, fouiller l'infinitésimal sensoriel, déceler une parcelle du mystère : Art magique, traduction et libération, rayonnement d'un problème sans fin.
Magie n'est pas fiction, mais liaison étroite de réalités multiples. Le surréalisme a créé une fiction dont le fil est lui-même magique. Il a foncé désespérément comme une « chevalerie » sur l'obstacle mystérieux de l'univers, et lui en a arraché des parcelles qui restent secrètes. Partisan parfois inconscient, il est le franc-tireur qui s'offre en holocauste, à l'avant-garde d'une armée très ordonnée : la Magie.
Il semble que dans le temps présent, en un besoin de renouveau, après « un long stationnement sur les voies de garage de l'imitation » l'art veut s'ébattre, et prend une allure effrénée. Il est toutefois probable que l'inquiétude humaine est pour une part dans cette effervescence.
Le machinisme-collectivisme, poire d'angoisse, a pris la place des espérances périmées, brimant l'individu, ajoutant l'obsession à l'anxiété du prisonnier.
Il est fatal qu'après ce surréalisme précurseur, une explosion d'abstraction se fasse jour, et que, dans une montée désordonnée où les valeurs se confondent, s'affirme la tendance à un même idéal qui est celui de la désespérance.
Comme dans une révolution réduite à l'impasse, les révoltés, après l'engagement, cherchent leur salut. Par un hasard anarchique, un art semble propice à ce cahos : l'Art magique.

(Extrait de « MOLINIER » © 1969, Jean-Jacques Pauvert éditeur)


                    Pierre Molinier, "à mon seul plaisir" (1900-1976)



Pierre Molinier - Le chaman et ses créatures, William Blake & Co. Éditions 

 

 
Pierre Molinier - Le temps de la mort n°1 (1962)
Pierre Molinier - Le temps de la mort n°1 (1962)
Pierre Molinier - Autoportrait dans
l' atelier du grenier Saint Pierre
peignant " Les Fleurs du Paradis".
Pierre Molinier - Autoportrait dans
l'atelier du grenier Saint Pierre vers 1950


Pierre Molinier, Ce Qui Est Merveille, 1966.
Pierre Molinier - Épero d'amor, 1960.
Pierre Molinier - La Comtesse Midralgar, 1950.


Autoportrait à la poupée
devant ses toiles, c. 1965.

mercredi 10 octobre 2018

Frédérique Bruyas lit un extrait de "Requiem" d'Anna Akhmatova



Anna Ahmatova, 1920s
         Anna Akhmatova  REQUIEM (extrait)




ÉPILOGUE, I




Et j'ai appris comment s'effondrent les visages,
Sous les paupières, comment émerge l'angoisse
Et la douleur se grave sur les tablettes des joues,
Semblables aux pages rugueuses des signes cunéiformes ;
Comment les boucles noires ou les boucles cendrées
Deviennent, en un clin d'œil, argentées,
Comment le rire se fane sur les lèvres sombres,
Et, dans un petit rire sec, comment tremble la frayeur.
Et je prie Dieu, mais ce n'est pas pour moi seulement,
Mais pour tous ceux qui partagent mon sort,
Dans le froid féroce, dans le juillet torride,
Devant le mur rouge devenu aveugle.


II

Avec leurs propres paroles, misère,
A elles, je penserai toujours et partout
Et dans le nouveau malheur je m'en souviendrai,
Et si l'on bâillonne ma bouche fatiguée
Par laquelle crie un peuple de cent millions d'âmes
Que de même à leur tour elles pensent à moi
A la veille du jour où l'on m'évoquera.
Mais si l'on s'avise un jour dans ce pays
D'ériger un monument en l'honneur de moi
Je donne mon accord à cette cérémonie
Mais à la condition qu'il n'y ait de monument
Ni près de la mer où je suis née
(Avec elle est rompu le dernier lien que j'avais)
Ni dans le parc du tsar près de l'arbre sacré
Où l'ombre inconsolable me cherche encore,
Mais ici où je restais trois cent heures debout
sans qu'on ouvrit pour moi les verrous.
Et même dans la mort bienheureuse, j'ai peur
D'oublier le roulement des noirs fourgons de terreur
D'oublier comment claquait la porte exécrée
Et hurlait la vieille, comme une bête blessée.
Que des paupières immobiles, des paupières de bronze
Comme des larmes, ruisselle de la neige fondue,
Que la colombe de la prison roucoule au loin
Que s'en aille sur la Neva au silence les bateaux.



                  (Anna Akhmatova, Requiem, traduction du russe par Paul Valet,



de l’album PHENOMENA, paru le 2 novembre 2017
Frédérique Bruyas - « Requiem »

"Requiem" d'Anna Akhmatova (Russie) Traduit du russe par Paul VALET, Éditions MINUIT, 1966
Voix enregistrée en septembre 2017 à Paris, France.
www.bruyas.net

Ambiances sonores extraites des morceaux :

RUNE "La cinquième couche" (Broadcasted on radio France Culture in "Chasseurs de sons" - 1999). Written, recorded, and produced by Yann Pillas
norecords.bandcamp.com/track/la-cinqui-me-couche

RUNE "Anna et ses runes" - Part.2 (Live)
Anna Foster : Violoncelle
Yann Pillas : Bruits électroniques et sons acoustiques
Written by Yann Pillas & Anna Foster
Recorded live at Confolens, and produced by Yann Pillas at "La Péranche in 2016.
norecords.bandcamp.com/track/anna-et-ses-runes-part-2

Mixage final par Yann Pillas à « La Péranche », Pleuville, France - Octobre 2017.
www.facebook.com/yann.pillas
www.facebook.com/RUNEnoise