samedi 19 novembre 2016

Angèle de Foligno de Natacha Muslera (2009)

Cécile Duval interprète Angèle de Foligno

2009/45 min/couleurs 16 mm numérisé/nagra analogique

Tournage : Alpes de Haute Provence, Marseille

« Angèle » interprétée par Cécile Duval — Images Boris Belay — Son & Composition : Nicolas Gerber — Montage Keja Ho Kramer — Réalisé par Natacha Muslera

Le film nous fait entendre un texte, celui du « Livre des visions et instructions » écrit au XIIIème siècle, qui relate l’expérience absolue d’une mystique : Angèle de Foligno, franciscaine. Les images se déclinent en onze visions dans lesquelles les douleurs d’Angèle prennent corps.

« Faire entendre et faire passer ce récit aujourd'hui, réactualiser le mysticisme radical, ainsi que la portée politique qu'implique l'expérience d’Angèle de Foligno et sa persistance huit siècle après, voilà le but jamais atteint de ce film, mais qui l'aura cherché, jusqu'au bout. "


Angèle de Foligno from suitcase films on Vimeo.


Le site de Natacha Muslera ICI
Le livre des visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno
Traduit par Hernest Hello : ICI 
Sur "Archive.org" ICI 

lundi 3 octobre 2016

Jorges Luis Borges - La luna

La lune

La silencieuse amitié de la lune
(je cite mal Virgile) t'accompagne
depuis cette – engloutie aujourd'hui dans le temps -
nuit ou soirée, où tes yeux
distraits la déchiffrèrent pour toujours
dans un jardin ou un patio qui sont poussière.
Pour toujours ? Je sais que quelqu'un, un jour
pourra te dire en toute vérité :
Tu ne reverras pas la brillante lune,
tu as épuisé la somme prédéterminée
des occasions que t'accorde le destin.
Inutile d'ouvrir toute les fenêtres
du monde. C'est trop tard. Tu ne la trouveras pas.
Notre vie durant, nous découvrons et oublions
Cette douceur accoutumée de la nuit.
Certes la lune est encore au ciel.
Il faut la regarder bien. Elle est peut-être la dernière.


Jorges Luis Borges, traduction Roger Caillois


lundi 15 août 2016

Anselm Kiefer, für Georges Bataille : le bleu du ciel

Anselm Kiefer, für Georges Bataille  :le bleu du ciel
"La terre sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s'ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l'amour au dessus d'un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés."
(Extrait de « Le bleu du ciel » de Georges Bataille).

lundi 8 août 2016

Magma - Dëhrstün Klawïehr ! (audio)


Christian Vander : Piano Fender Rhodes, chant
René Stündëhr Garber : Piano Fender Rhodes, chant
Klaus Blasquiz : percussions

Théâtre du Chêne Noir, Avignon.
18 décembre 1973

jeudi 7 juillet 2016

"Mourir aux éclats ! : salut à Georges Bataille"

Georges Bataille (10 Sep 1897 – 8 Jul 1962)
Mauvais genres  François Angelier
"Mourir aux éclats ! : salut à Georges Bataille"
Soirée proposée par France-Culture et la SGDL, à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort de Georges Bataille .
Mauvais genres, en partenariat avec les fictions de France-Culture, participe ce soir à l'émission "Mourir aux éclats ! : salut à Georges Bataille** ", diffusée de 21h à 24h, en direct et en public depuis l'Hôtel de Massa, siège de la Société des Gens de Lettres.

Une émission où alterneront lectures dirigées par Cédric Aussir et débats en direct animés par François Angelier et réalisés par Laurent Paulré.

Bataille échappe à l'hommage, on ne peut que le saluer, faire signe de loin, avec gratitude, vers sa destinée posthume, l'avenir de ses textes, un monde dont Michel Foucault écrivait, en 1970 : "nous devons à Bataille une grande part du moment où nous sommes ; mais ce qui reste à faire, à penser et à dire, cela sans doute lui est dû encore, et le sera longtemps. Son oeuvre grandira ".
C'est la croissance, le rayonnement et avant tout la structure abyssale et le chant profond de cette oeuvre, qu'à l'occasion du cinquantenaire de la mort de l'auteur de Madame Edwarda et de La part maudite , nous évoquerons ce soir, lectures et débats, en compagnie de Cécile Guilbert, romancière et essayiste, Jean-Michel Besnier, philosophe, et Jean-François Louette, historien de la littérature contemporaine et éditeur de Georges Bataille dans la collection de la Pléiade.

Georges Bataille par Pierre Klossowski, 1955.
À partir de textes extraits, par Christine Letailleur, de toute l'oeuvre de Bataille, trois moments dramatiques seront proposés : fictions et poèmes ; perspectives "mystiques", philosophiques, économiques et sociologiques ; textes sur l'image, interrogations sur Bataille et le cinéma ; un classement formel, mais qui réaffirme néanmoins, si besoin est, qu'il n'y a pas plusieurs Bataille, mais une seule onde de choc, dévastatrice, qui touche tous les secteurs du savoir, une crue qui déborde pratiques de l'écriture et réalités humaines. Entrecoupant ces lectures, plusieurs débats tenteront d"évoquer les grands centres nerveux de l'oeuvre : le rire et la mort, l'érotisme et l'extase, le sacrifice et la dépense, les vertiges de l'homme intérieur et la transe social.

Vers Georges Bataille, donc, encore et toujours, "sans entrave et sans temps mort".

En compagnie de la romancière et essayiste Cécile Guilbert , du philosophe Jean-Michel Besnier (auteur de La Politique de l'impossible, La Découverte, 1988) et de l'historien des Lettres Jean-François Louette (éditeur de Georges Bataille dans la Pléiade), nous évoquerons les notions-clé de l'univers de Georges Bataille (Le rire, la mort, l'impossible, le sacrifice, la dépense), l'univers de ses récits (Madame Edwarda, Histoire de l'oeil, Le Bleu du ciel) et son rapport à l'image (Lascaux, Manet, Bellmer et ce photo de supplice chinois qui toute sa vie l'a hanté).
Avec la collaboration de : Jean Baptiste Thoret, Philippe Rouyer, Marie-Andrée de Saint-André et les trois entretiens de Céline du Chéné consacrée à Georges Bataille avec Philippe Sollers, Madeleine Chapsal et Jean-Jacques Pauvert.

Lectures par Marc Barbé , Jérôme Kircher .

Intervenants
Jean-Michel Besnier : professeur à l'université Paris-Sorbonne et directeur de l'équipe de recherches Rationalités contemporaines.
Jean-François Louette : Professeur de littérature française du XXe siècle à la Sorbonne
Cécile Guilbert : Romancière



Georges Bataille, Colette Peignot et Georges Ambrosino (1933-34)

Georges Bataille-- Hans Bellmer : Lord Auch. Histoire de l'œil,  K Éditeur, 1946
Georges Bataille -- Hans Bellmer -
Madame Edwarda, Paris, Georges Visat, 1965

Georges Bataille à Fontenay-le-Comte chez André Costa vers 1960



vendredi 10 juin 2016

Portrait de René Daumal

René Daumal fumant une cigarette à Montredon, en 1941.
Photo de Luc Dietrich

Soirée de Paris - La Recherche d'une certitude : Portrait de René Daumal, Partie 1 et 2 (1ère diffusion : 03 et 10/03/1968)
Par Michel Random - Avec Josef Sima (1), Joseph Lanza Del Vasto et Jacques Masui (2) - Réalisation Claude Roland-Manuel



Lanza del Vasto, Vera et René Daumal, 1944, photo de Luc Dietrich

mercredi 18 mai 2016

Lord Auch (Georges Bataille), Histoire de l'œil, 1928 (extrait)

[…]
Un peu après (ayant retrouvé nos bicyclettes), nous pouvions nous offrir l’un à l’autre le spectacle irritant, théoriquement sale, d’un corps nu et chaussé sur la machine. Nous pédalions rapidement, sans rire ni parler, dans l’isolement commun de l’impudeur, de la fatigue, de l’absurdité.
Nous étions morts de fatigue. Au milieu d’une côte Simone s’arrêta, prise de frissons. Nous ruisselions de sueur, et Simone grelottait, claquant des dents. Je lui ôtai alors un bas pour essuyer son corps : il avait une odeur chaude, celle des lits de malade et des lits de débauche. Peu à peu elle revint à un état moins pénible et m’offrit ses lèvres en manière de reconnaissance.
Je gardais les plus grandes inquiétudes. Nous étions encore à dix kilomètres de X… et, dans l’état où nous nous trouvions, il nous fallait à tout prix arriver avant l’aube. Je tenais mal debout, désespérant de voir la fin de cette randonnée dans l’impossible. Le temps depuis lequel nous avions quitté le monde réel, composé de personnes habillées, était si loin qu’il semblait hors de portée. Cette hallucination personnelle se développait cette fois avec la même absence de borne que le cauchemar global de la société humaine, par exemple, avec terre, atmosphère et ciel.
La selle de cuir se collait à nu au cul de Simone qui fatalement se branlait en tournant les jambes. Le pneu arrière disparaissait à mes yeux dans la fente du derrière nu de la cycliste. Le mouvement de rapide rotation de la roue était d’ailleurs assimilable à ma soif, à cette érection qui déjà m’engageait dans l’abîme du cul collé à la selle. Le vent était un peu tombé, une partie du ciel s’étoilait ; il me vint à l’idée que la mort étant la seule issue de mon érection, Simone et moi tués, à l’univers de notre vision personnelle se substitueraient les étoiles pures, réalisant à froid ce qui me paraît le terme de mes débauches, une incandescence géométrique (coïncidence, entre autres, de la vie et de la mort, de l’être et du néant) et parfaitement fulgurante.
Mais ces images demeuraient liées aux contradictions d’un état d’épuisement prolongé et d’une absurde raideur du membre viril. Cette raideur, il était difficile à Simone de la voir, en raison de l’obscurité, d’autant que ma jambe gauche en s’élevant la cachait chaque fois. Il me semblait cependant que ses yeux se tournaient dans la nuit vers ce point de rupture de mon corps. Elle se branlait sur la selle avec une brusquerie de plus en plus forte. Elle n’avait donc pas plus que moi épuisé l’orage évoqué par sa nudité. J’entendais ses gémissements rauques ; elle fut littéralement arrachée par la joie et son corps nu fut jeté sur le talus dans un bruit d’acier traîné sur les cailloux.
Je la trouvai inerte, la tête pendante : un mince filet de sang avait coulé à la commissure de la lèvre. Je soulevai un bras qui retomba. Je me jetai sur ce corps inanimé, tremblant d’horreur, et, comme je l’étreignais, je fus malgré moi traversé par un spasme de lie et de sang, avec une grimace de la lèvre inférieure écartée des dents, comme chez les idiots.
[…]
Lithographie de Anadré Masson, pour Histoire de l'œil de Lord Auch (Georges Bataille), 1928.