vendredi 10 août 2018

Joyce Mansour - "Carré blanc", 1965 - « Où le bas se blesse », deux extraits

LA PORTE DE LA NUIT EST FERMÉE A CLEF

Retrouver le désert
Mon pays desséché et secret
La vie la vie même
L'enchanteur endormi dans les mirages vert profond
Du tapis
Traverser la Judée le frais jardin clos
Le cimetière
O vent de Galilée miroitement de la nostalgie
Sous une lune de Pierre
Fuir les tigrures des nuages sur le sol aveuglant
Fuir en dansant
Un vent plaintif s'est levé dans mon cœur
De pâles paroles tombées des tuiles ruissellent sur
ma peau sèche
(Mer morte du souvenir au creux de l'après-midi)
Viens enlace-moi
Allons vers les forêts
Les ravins
Les blancs pommiers
Je rêve consumée par une folie dangereuse
L'horizon brûlant et impie
Fait signe
Et des pyramides s'érigent
Sur la plaque tournante
De midi
Je rêve oui je rêve sans espoir de retour
Seul l'aveugle sait maudire la bougie échevelée
Les tendres yeux étirés de l'amour sont cailloux pour toi
Bijoux trous tanières
Luxure et putréfaction
Coutures et balafres de l'église
Nommée
Or



NUIT DE VEILLE
DANS UNE CELLULE EN CRISTAL DE ROCHE

Être invisible et aimée de vous
Nocturne oiseau de proie
Je plane derrière la porte pluvieuse
Solitaire et sauvage
Lourde
De la gélatineuse souffrance orientale

Courir rouge de votre odeur
Dans le jeu phosphorescent des vagues
Nue rousse et tentaculaire
Suspendue au cri de la petite flûte
Pétale

Mon pubis se soulève
Calme houle calme calme
Malheureuse que je suis

La lune brise l'image engloutie
Avant même que sur le sable rose
Votre tête puisse venir mourir

Être invisible et aimée de vous
A quelque lieues de l'Atlantide
Sur la mer ouverte de mes songes


Joyce Mansour


https://orpheusz.tumblr.com/post/176402251504/maria-casarès-lit-deux-poèmes-de-joyce-mansour

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