mardi 26 janvier 2010

ORPHEUS DESCENDING



                                 TENNESSEE WILLIAMS - ORPHÉE DESCENDANT

I

Ils disent que l’or du royaume inférieur pèse tant
que les têtes ne peuvent se dresser sous le poids de leur
        couronne,
les mains ne peuvent se dresser sous les joyaux,
les bras braceletés n’ont pas la force de saluer.

Comment une femme au pied blessé eût-elle pu s’y mouvoir ?   

Ils disent que l’atmosphère de ce royaume est alourdie à
        suffoquer de poussière de rubis,
Poussière d’antiquité qui provient du frottement du joyau
        contre le métal, graduel, sans fin,
un poids qui ne peut jamais être soulevé…

Comment un coquillage frissonnant de fils eut-il pu s’y
        frayer un chemin ?

Ils disent que nulle lumière n’y existe, mais de temps en
       temps
il y a la convulsion angoissée de l’ombre en ombre moindre,
découvrant momentanément, confusément,
l’éternelle session de la cour, presque immobile,
les courtisans écrasés par le poids d’or de leur robe,
les dames impuissantes à respirer sous le poids de leurs
         guirlandes noir-sang de roses,
le poids de leurs paupières leur permettant à peine de
        s’ouvrir.

Orphée, comment son pied blessé eut-il pu s’y mouvoir ?

II

Il est fort plaisant de se rappeler les merveilles que tu as
        accomplies au royaume supérieur,
l’abîme et la forêt rendus docilement vocaux,
le cours d’une rivière changé comme un bras change quand       
        plié au coude,
les moments faits pour continuer grâce à la douce vibrance
        d’une corde pressée d’un doigt…

Mais c’était là merveille naturelle comparée à ce que
         tu essaies au royaume inférieur
et cela ne sera pas terminé,
non, cela ne sera pas terminé,

car tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
que certaines choses sont par leur nature marquées pour
       n’être pas terminées
mais seulement désirées et quêtées un moment et abandonnées.

Et tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
la passion qui est pour la déclivité en ce monde,
l’impulsion à tomber qui suit une fontaine naissante.


Maintenant Orphée, retourne, ô fugitif à face de honte,
       retourne
sous le croulant mur brisé de toi-même,
car tu n’es pas étoiles mises au ciel en forme de lyre,
mais la poussière de ceux qui ont été déchirés par les Furies.

(Extrait de « Dans l’hiver des villes » de Tennessee Williams,
éditions Pierre Seghers 1964, collection « Autour du monde »
poèmes présentés et traduit par Renaud de Jouvenel).



TENNESSE WILLIAMS The Fugitive Kind


 Apollinaire - Alcools (1913) LUL DE FALTENIN    A Louis de Gonzague Frick
Sirènes j'ai rampé vers vos
Grottes tiriez aux mers la langue
En dansant devant leurs chevaux
Puis battiez de vos ailes d'anges
Et j'écoutais ces chœurs rivaux
Une arme ô ma tête inquiète
J'agite un feuillard défleuri
Pour écarter l'haleine tiède
Qu'exhalent contre mes grands cris
Vos terribles bouches muettes
Il y a là-bas la merveille
Au prix d'elle que valez-vous
Le sang jaillit de mes otelles
A mon aspect et je l'avoue
Le meurtre de mon double orgueil
Si les bateliers ont ramé
Loin des lèvres à fleur de l'onde
Mille et mille animaux charmés
Flairant la route à la rencontre
De mes blessures bien-aimées
Leurs yeux étoiles bestiales
Eclairent ma compassion
Qu'importe ma sagesse égale
Celle des constellations
Car c'est moi seul nuit qui t'étoile
Sirènes enfin je descends
Dans une grotte avide J'aime
Vos yeux Les degrés sont glissants
Au loin que vous devenez naines
N'attirez plus aucun passant
Dans l'attentive et bien-apprise
J'ai vu feuilloler nos forêts
Mer le soleil se gargarise
Où les matelots désiraient
Que vergues et mâts reverdissent
Je descends et le firmament
S'est changé très vite en méduse
Puisque je flambe atrocement
Que mes bras seuls sont les excuses
Et les torches de mon tourment
Oiseaux tiriez aux mers la langue
Le soleil d'hier m'a rejoint
Les otelles nous ensanglantent
Dans le nid des Sirènes loin
Du troupeau d'étoiles oblongues

   
Maria Casares as Death in Orpheus
(1950, dir. Jean Cocteau)
Maria Casarès in “Orphée”

ORFEU NEGRO extrait du film "Orfeu negro" drame de Marcel Camus 
(Brésil / France / Italie - 1959) d'après la pièce de théâtre "Orfeu de Conceicao" 
de Vinicius de Moraes. Avec Breno Mello, Marpessa Dawn...

1 commentaire:

  1. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer